A propos de Declan Donnellan

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Re: A propos de Declan Donnellan

Message  Luce le Sam 26 Jan 2013 - 21:43

Des photos de répétitions d'Ubu Roi (FB du Warwick Arts Centre).

Edit : Photo de la première, ce soir à La Haye, sur un compte Twitter.
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Re: A propos de Declan Donnellan

Message  Luce le Dim 27 Jan 2013 - 18:38

Un rire rassurant (La Terrasse, 1° octobre 2012)

Entretien avec Declan Donnellan sur Ubu Roi d'Alfred Jarry : « C’est un des points forts de la pièce de nous remettre en contact avec notre propre bassesse. »
Spoiler:
Pourquoi choisir de mettre en scène Ubu roi ?

Declan Donnellan : Ubu roi est notre deuxième création avec notre troupe française : de même qu’Andromaque, c’est une œuvre qui correspond parfaitement aux talents de ces comédiens. Voilà un aspect du choix. D’autre part, comme Andromaque (et toute grande pièce, d’ailleurs) Ubu roi nous offre un champ d’exploration très ouvert, qui nous permet d’apporter des modifications à notre travail au fur et à mesure de nos découvertes. Nous vivons avec les pièces que nous montons pour de longues périodes dans le cadre d’une tournée, d’où notre souhait de travailler avec une œuvre qui représente un challenge, qui garde en elle cette vitalité que nous désirons récréer ; c’est un travail continu. D’autant plus qu’il existe davantage de similarités qu’on ne croirait entre Racine, bastion de la tragédie du Grand siècle, et Ubu, gamin précoce de l’avant-garde. Les deux pièces traitent, en quelque sorte, de ce qui se passe quand nous nous obstinons à poursuivre des choses que nous voulons, mais qui nous sont refusées. Les deux pièces s’intéressent à ce problème de la civilisation, à notre conception de ce qui constitue le comportement « civilisé », et à notre façon d’agir par rapport à cette structure. Nous voulons tous être civilisés – nous voulons que nos leaders le soient. Mais qu’en est-il des sentiments qui ne rentrent pas dans cette case ? La civilisation exige souvent que ces sentiments soient ignorés, voire niés. Or, il y a un prix à payer pour la civilisation, et ce prix, parfois, c’est la folie.

Jarry situe sa pièce « en Pologne, c’est-à-dire nulle part ». Où allez-vous situer votre Ubu ? Y aura-t-il des références à des situations politiques particulières, historiques ou actuelles ?

D. D. : Toute grande pièce peut avoir des références politiques, contemporaines, d’une manière ou d’une autre ! Ou, du moins, est-il possible de les lire dans cette optique. Mais avant toute chose, ce qui est primordial pour nous, lorsque nous entamons une nouvelle pièce, c’est de nous assurer que le travail soit bien vivant. Voilà ce que nous recherchons dans un premier temps, que ce soit avec Jarry, Racine, Shakespeare ou Tchekhov. Tout notre travail se crée dans la salle de répétition, avec les comédiens, et notre tâche est simplement de retrouver les expériences fondamentales qui existent au cœur d’une pièce, de leur donner vie. Pour l’instant notre intention n’est pas de satiriser ou d’évoquer une époque ou une situation politique ou historique précise. Nous ne pouvons savoir à quoi ce « nulle part » ressemblera ; nous le saurons uniquement quand nous l’aurons atteint.

Vous dites d’Ubu qu’il fait preuve d’un « infantilisme menaçant », vicieux et puéril. Vous parlez aussi du potentiel de violence que révèle ce personnage. Qui est Ubu ?

D. D. : Effectivement à travers leurs actions, Ma et Père Ubu évoquent un potentiel de violence qui existe au fond de nous tous : une violence qui provient de cette partie de nous-mêmes qui nous pousse, en tant qu’êtres humains, (et cela constamment) à la poursuite du pouvoir, parfois le pouvoir absolu. Nous avons tendance à traiter l’égoïsme de Ma et Père Ubu, le plaisir que leur donne la brutalité (la violence et le meurtre ne sont qu’un jeu pour eux) comme des choses puériles, qui n’ont aucun lien avec la vie adulte, c’est à dire civilisée. Mais que nous y faisions face ou non, ces désirs existent en nous et continuent d’exister en nous. C’est un des points forts de la pièce de nous remettre en contact avec notre propre bassesse, et ainsi d’éclaircir ce que nous pensons pouvoir contrôler, nier ou refouler.

Energie et dynamisme ; scatologie, blagues potaches… Envisagez-vous Ubu roi comme une comédie ou comme une tragédie ?

D. D. : Comme beaucoup de grandes pièces, Ubu roi contient un peu des deux ! Et on risque par moments d’imposer trop de limites en se reposant sur les genres ; Shakespeare, notamment, mélangeait souvent les deux. Je pense que Ma et Père Ubu nous effraient, dans l’ensemble, mais nous rions pour nous sentir en sécurité.

Pouvez-vous nous parler des comédiens avec lesquels vous allez monter la pièce ?

D. D. : Nous sommes ravis de travailler à nouveau avec cette même troupe française, et reconnaissants de leur affection, de leur fidélité, ainsi que de leur immense talent.

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Re: A propos de Declan Donnellan

Message  Luce le Sam 2 Fév 2013 - 14:54

What a Royal Mess! (The boar, 31 janvier 2013)
Ubu Roi is a must see, an unapologetic farcical food fight, full of melodrama and energy. You will leave dazed and wondering what you have just watched unfold on stage.
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Re: A propos de Declan Donnellan

Message  Luce le Dim 3 Fév 2013 - 21:03

“Ubu Roi” by Alfred Jarry (The Hutton Inquiry, 31 janvier 2013) Very Happy
The switches between these two styles are embodied seamlessly by the performers, who hop back-and-forth between manic leaders and well-to-do socialites, allowing a lot of comedy to be found. In one wonderful moment, Camille Cayol’s Mère Ubu enters to ask if “anyone is allergic to pine nuts” slap bang in the middle of a mad torture scene, forcing the lights to come up and the civilised chat to return for a split second before the door slams shut again. Christophe Grégoire’s Père Ubu is like a wound-up coil, slowly building up tension before exploding at moments of extreme anger. Xavier Boiffier’s jolly Bordure is also impressive, managing to elicit laughter just by smiling goofily.
Über Ubu/ Ubu Roi (Views from a Bum, 31 janvier 2013)
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Re: A propos de Declan Donnellan

Message  Luce le Mer 13 Fév 2013 - 21:02

Ubu roi (l'annonce sur France-Inter). De nouvelles photos de production. Very Happy

Ubu Roi at Warwick Arts Centre (Exeunt)
The brilliance and intelligence – but also the fun – of Declan Donnellan’s wise, ticklish staging for Cheek by Jowl, with restrained sets by Nick Ormerod, is that it out-does Jarry himself. By interleaving scenes of an unruffled dinner (6 characters) in a leafy middle class suburb with the maniacal explosion of some subterranean force – a real Jekyll and Hyde juxtaposition – Donnellan permits himself not only to match the grim Surrealism of Jarry’s original, but in some ways to better or advance it.
Ubu Roi Tour - Oxford (Whatonstage, 6 février 2013)
It is hard to do this production justice in mere words. It has to be seen to be appreciated.

Oh yes, it is in French. But don’t let that put you off – the performances transcend the language barrier. Go. No, I insist! Just see it.
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Re: A propos de Declan Donnellan

Message  Luce le Sam 16 Fév 2013 - 21:31

A right royal send up, mes amis (Behindthearras,2 février 2013) Very Happy

"Ubu roi", une réussite aux Gémeaux (Video-les Echos, 15 février 2013)
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Re: A propos de Declan Donnellan

Message  Luce le Lun 18 Fév 2013 - 21:24

Ubu Roi : attention, roi méchant ! (Culturopoing, 18 février 2013)

« Ubu roi », potache à souhait (le Figaro, 18 février 2013)

Une situation proprement ubuesque (Marianne, 17 février 2013)

Ubu roi d’Alfred Jarry L’envers du décor (Rhinoceros, 18 février 2013)

Et bien ! Que de louanges ! Je ne veux pas rater ça ! Very Happy
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Et encore ...

Message  Luce le Mar 19 Fév 2013 - 22:56

Ubu Roi, d’Alfred Jarry, par Declan Donnellan (Chez dedalus, 18 février 2013) Very Happy
Bien entendu, vous avez tout loisir de ne pas lire ce qui va suivre. Vous vous feriez en revanche grand tort à ne pas faire des pieds et des mains pour aller voir ce spectacle...
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Et encore ...

Message  Luce le Mer 20 Fév 2013 - 14:03

Faut qu’ça saigne: le Britannique Declan Donnellan monte « Ubu roi » (1001 Actus, 20 février 2013)

Comment j'ai tué Ubu (Les Echos, 18 février 2013)
Declan Donnellan dirige ce ballet avec une virtuosité stupéfiante - on passe du rêve à la réalité sans crier gare - ; les comédiens (tous français) changent de peau, de voix, en une fraction de seconde. C'est très fort, à la fois drôle et effrayant...
Très forte, très noire, cette relecture d'« Ubu Roi » est une leçon de théâtre moderne. Un roi de la scène anglaise a ressuscité Jarry, l'anar « frenchy », le révolté... God Save Declan !
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Et toujours ...

Message  Luce le Jeu 21 Fév 2013 - 14:29

"Ubu roi", massacre à la moulinette électrique (Le Monde, 21 février 2013)

Les époustouflantes jaculations d'Ubu Roi (Philosophie Mag, 18 février 2013)
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Boudu, cette critique de roi !

Message  Luce le Dim 24 Fév 2013 - 10:11

Ubu Roi (Au Poulailler, 23 février 2013) Very Happy
Spoiler:
Texte d’Alfred Jarry, mise en scène de Declan Donnellan

Les Gémeaux, du 14 février au 3 mars 2013

Comment ne pas le remarquer ? Cette saison compte déjà son deuxième Ubu Roi ! Contrairement à Tchekhov, Molière et autres Shakespeare dont la présence scande programmations théâtrales et biographies artistiques, le père de la pataphysique n’a pas été pareillement loti par la postérité, ni également adulé par les scènes. Extrêmement tardive, son entrée au répertoire de la Comédie-Française se fait il y a tout juste quatre ans – c’est dire… « merdre » ! Et voilà que cette « œuvre d'élèves de collège écrite au collège pour ridiculiser un professeur par Jarry et deux de ses camarades », comme l’écrivait Paul Léautaud, trouve en ce moment la voie de la scène à deux reprises.

En novembre dernier, c’était Alain Timar et sa douzaine de comédiens délirants qui nous emballaient avec leur Übü király hongrois. La mise en scène reposait sur une astucieuse trouvaille : au fond de la scène, un énorme rouleau de papier, entre papier-cadeau et papier toilette, se faisait dérouler, déchirer et chiffonner par les comédiens pour créer des chapeaux, jupes, robes, épaulettes, couronnes, armes, mais aussi des ventres, seins, fesses ou sexes. Comme dans un jeu d’enfant, avec juste du papier froissé, les comédiens faisaient surgir une armée de personnages rabelaisiens et indifféremment guidés par leur instinct animal. Sous la grivoiserie des culs qui se trémoussent et des sexes qui se dressent, rôdent sans épargner personne la soif du pouvoir et l’attrait de la violence. En interprétant chacun un bout des rôles du Père et de la Mère Ubu, les comédiens ne pouvaient pas mieux le dire : nous sommes tous des Ubu.

Avec un point de vue plus explicitement politique, Declan Donnellan fait le pari de dissocier le fond de la pièce de sa bouffonnerie qui, telle une gangue esthétisante, finit souvent par anesthésier (ou déplacer) le propos. Le rideau s’ouvre sur un salon bourgeois, où rien ne dépasse. Vautré sur le canapé blanc, un adolescent caméscope à la main s’amuse à regarder le monde par l’œil virtuel, focalisant, grossissant et zoomant à sa guise. De la tache brunâtre sur la lunette des toilettes, à la crotte de nez siégeant au bord de l’orifice de son père, en passant par le poil qui gît sur le lit parental, les pérégrinations visuelles du jeune dévoilent, mine de rien, l’envers du décor de cette demeure immaculée. Le léger dégoût cède la place à l’épouvante lorsque apparaissent les parents du sale gosse : tout proprets, portant leur sourire le plus large, ils papillonnent de ci de là vérifiant que tout est fin prêt pour la réception du soir et conforme à la distinction que leur classe exige. Puis d’un coup, par la seule force du regard pénétrant de leur fiston, leur légèreté insoutenable se mue en monstruosité animale : un nouveau couple Ubu est né, comme sorti d’un cauchemar lynchien, d’un fantasme freudien, ou encore mieux, des tréfonds bien fardés de la classe sociale la plus avenante.

Sous les commandes du collégien, Jarry possible du XXIe siècle, père et mère basculeront tour à tour de la bestialité ubuesque à la béatitude bourgeoise, emportant avec eux leurs trois invités de la soirée : armés d’un balai à chiotte, protégés d’une passoire ou couronnés d’un abat-jour, ils transforment le beau salon en champ de bataille jonché des bouts de cervelle tirés du crâne de l’ennemi et du jus de gigot initialement destiné à graisser les échanges dînatoires. Lorsqu’ils ne se tirent pas dessus, les cinq convives assis autour de la table mettent des mots sur le vide de leur pensée, passant de le critique œnologique à l'étude fromagère, le tout agrémenté de moult attentions empreintes de gentillesse et de délectation. Ces moments brefs mais d’une grande efficacité démonstrative de cette forme d’aliénation, concentrent plus d’horreur et de monstruosité que les moments loufoques, théâtralement surprenants et explicitement guerriers du « vrai » Ubu Roi.

Ce dimanche-là, lorsque le Père et la Mère Ubu (exceptionnelle Camille Cayol) deviennent de bons bourgeois attablés, un silence épais règne dans la salle… Declan Donnellan nous aurait-il tendu un miroir pas assez déformant ? L’explosion de la violence prendrait-elle ici une dimension autre que celle du simple délire ? Dans cette société qui refoule voire nie sa violence, la maquillant sous des déclarations programmatiques et la rafistolant de bons sentiments, Ubu Roi serait devenu à nouveau très actuel et non moins dérangeant – merdre !

Myrto Reiss


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Declan Donnellan aux acteurs : "Le perfectionnisme n'est que vanité."

Message  Luce le Dim 24 Fév 2013 - 11:06

My work is about making people feel safe enough to let those down. So that they can be absolutely present and attentive on stage. Then they become vital and alive and beautiful.
Declan Donnellan ou le théâtre à haute énergie. Traduit de Philip Tirard (La Libre Belgique, 6 avril 2004)
Maître à jouer [...] Dans «L'Acteur et la cible», le metteur en scène irlando-londonien transmet comme un cadeau aux acteurs sa vision du théâtre et de l'Homme.
Libérer l’acteur de ses blocages (La Terrasse, 10 mars 2011)
Pour Declan Donnellan, « l’art du théâtre est d’abord l’art du comédien ».
Qu' il dirige des acteurs anglais, russes ou français, le metteur en scène britannique fait jaillir sur scène la sève brûlante de la vie. Il explique ici sa vision de la formation.
Spoiler:
Vous commencez votre ouvrage L’ Acteur et la Cible, Règles et outils pour le jeu en décrivant l’instinct du jeu, observé chez les bébés. Le jeu peut-il s’apprendre ?

Jouer est en effet un réflexe humain, tout comme respirer. Dès sa naissance, un individu ne cesse de jouer, parce qu’il cherche en vain sa vérité. Il ne peut découvrir son « vrai » moi que dans ses actions, il ne peut l’éprouver que dans le jeu. Peut-on apprendre à quelqu’un à respirer ? Non. Le rôle du pédagogue consiste moins à instruire l’acteur qu’à l’aider à se libérer de ce qui
l’empêche d’exister. Ces blocages sont souvent vissés par la peur. Notre époque vit aussi dans un état de contrôle des corps et des cerveaux effrayant. Les artistes, encore plus que d’autres, tendent à se forger une forteresse pour se protéger de la réalité. Cette muraille devient prison. La formation vise à nous libérer de nos forteresses imaginaires.

« Sur le plateau, l’énergie surgit des rythmes et des impulsions générés par l’écriture et qui s’expriment par le mouvement du corps tout entier. » Comment dénouer ces blocages ?

Les exercices corporels, quotidiens, sont essentiels. Il ne s’agit pas de devenir un athlète mais simplement d’« être » dans son corps, d’aiguiser la réceptivité aux stimuli externes, de développer les sens. La formation doit aussi ouvrir et muscler l’imagination, qui, parce qu’elle interprète les sensations, permet de percevoir et de dégager une signification. C’est la
possibilité de produire des images à partir de ce nous ressentons qui nous relie au réel. La disponibilité, l’écoute, la capacité à être totalement dans l’instant, constituent des qualités essentielles à mes yeux. Je commence toujours les répétitions par de la danse et des exercices physiques. Le processus de travail sur une pièce passe par la dé-cérébralisation du texte pour en découvrir la musicalité et la sensualité. L’intellectualisation finit souvent par étouffer une oeuvre. Sur le plateau, l’énergie surgit des rythmes et des impulsions générés par l’écriture et qui s’expriment par le mouvement du corps tout entier. J’essaie de libérer et de canaliser les potentialités, de les inscrire dans un jeu collectif. A la fin du processus, le texte ne constitue plus qu’un symptôme de tout ce qui se passe en dessous des mots.

Vous parlez beaucoup de la « cible », au coeur de votre méthode. Que désignez-vous ainsi ?

Une chose très simple, réelle ou imaginaire, concrète ou abstraite, mais située hors de moi. Si je vous demande ce que vous avez fait la semaine dernière, votre regard va errer quelques instants puis se fixer sur un objet ou un point précis, qui, à ce moment, sera votre cible, et vous aidera à concentrer votre énergie et à raviver votre souvenir. L’acteur ne fait rien sans objectif. Son jeu devient faux lorsqu’il est perdu dans son intériorité, dans un narcissisme mécanique. La cible l’aide à transférer vers l’extérieur ses fonctionnements internes, ses instincts, ses sentiments, ses pensées et ses désirs. La peur coupe l’acteur de la cible et le paralyse. Le pédagogue doit donc guider les jeunes et les aider à se défaire du jugement pesant sur leurs épaules, de la honte, de l’envie de plaire. Tout cela les empêche d’être eux-mêmes et bloque leur talent.

Quelle importance accordez-vous à la technique ?

La technique apporte une base indispensable, mais elle ne remplacera jamais l’élan de vie. Elle doit avoir le bon goût de ne pas se laisser voir et de ne s’attribuer aucun mérite. Le perfectionnisme n'est que vanité. L’acteur ne peut pas s’appuyer sur des certitudes, il doit avoir foi en lui.

Voyez-vous des différences nationales dans la formation des acteurs ?

La différence majeure relève d’un choix politique, même si persistent des distinctions, liées aux contextes culturels et à la langue, aux codes de jeu, aux références esthétiques, au statut du vrai et du faux ou encore à l’engagement physique. En Russie, les comédiens entrent dans une troupe à l’âge de 22 ans et, pour la plupart, y restent toute leur vie. Ils ne vivent pas dans la crainte de ne plus travailler, d’être rejetés. Or tout être redoute d’être cueilli, aimé puis abandonné. La stabilité d’emploi n'écarte certes pas totalement la peur, mais elle atténue le sentiment de fragilité. La permanence change radicalement les relations au sein de la troupe et avec le metteur en scène. Elle permet d’atteindre presque immédiatement une tonalité commune.

Entretien réalisé par Gwénola David

L’Acteur et la Cible, Règles et outils pour le jeu, de Declan Donnellan,
éditions L’Entretemps, 2004
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Re: A propos de Declan Donnellan

Message  Luce le Sam 2 Mar 2013 - 0:20

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Re: A propos de Declan Donnellan

Message  Luce le Ven 8 Mar 2013 - 8:50

Que dire de plus ? Un très grand merci ! sunny
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Re: A propos de Declan Donnellan

Message  Luce le Sam 23 Mar 2013 - 13:21

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Re: A propos de Declan Donnellan

Message  Luce le Dim 24 Mar 2013 - 13:44

Interview: Declan Donellan (fourthwall magazine, 24 mars 2013)
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Ubu Roi au Barbican

Message  Luce le Sam 13 Avr 2013 - 11:40

Ubu Roi – review (The Guardian, 12 avril 2013)
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Re: A propos de Declan Donnellan

Message  Luce le Mer 17 Avr 2013 - 16:39

Tweet :
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Re: A propos de Declan Donnellan

Message  Luce le Sam 20 Avr 2013 - 16:45

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Re: A propos de Declan Donnellan

Message  Luce le Sam 1 Juin 2013 - 19:30

‘In the beginning was breath’ (The Spectator, 30 mars 2013)

Very Happy
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Re: A propos de Declan Donnellan

Message  Luce le Mer 30 Oct 2013 - 11:37

Le Cheek by Jowl Pack Education, du Barbican, théâtre londonien préféré de la compagnie. Very Happy 

Une photo connue de Much Ado About Nothing en dernière page.
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Re: A propos de Declan Donnellan

Message  Luce le Mar 15 Avr 2014 - 14:37

Dans sa newsletter, Cheek By Jowl propose des "packs" qui peuvent inclure le visionnage gratuit de ses anciennes pièces, en partenariat avec le V&A. Tout récemment encore (8 avril) :
Screening of Cheek by Jowl’s production of As you like it (1995)


Photo by John Haynes
(Recorded at The Albery Theatre for the National Video Archive of Performance NVAP)
Directed by Declan Donnellan   Designed by Nick Ormerod

at the V&A's Lydia and Manfred Gorvy Lecture Theatre
Sunday 13th April 2014 at 2pm
with a special introduction from Declan Donnellan

Running time approx. 3 hours including an interval
This event is free to attend and available on a first come first served basis.
Newsletter à suivre avec attention. Wink
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Re: A propos de Declan Donnellan

Message  Luce le Mer 7 Mai 2014 - 20:36

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Re: A propos de Declan Donnellan

Message  Luce le Mer 21 Mai 2014 - 9:43

I’m at work reading the Cheek by Jowl programme for a play they are touring:
“Cheek by Jowl has been given the opportunity to digitise and make accessible archive material from more than 30 years of groundbreaking productions” [merci à DL]
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Info de Cheek by Jowl

Message  Luce le Ven 15 Aoû 2014 - 18:21

Cheek by Jowl Archive Material As You Like It
(poster ^ As You Like It, Adrian Lester as Rosalind. Photo by John Haynes.)

With the support of its Patrons, Cheek by Jowl has been restoring its archive. Photographs, videos, interviews and an array of other material will be available online from autumn 2014. We have begun to release selected material via our social media channels. If you’d like to be among the first to re-discover Cheek by Jowl’s illustrious history, follow us on any of the following platforms:
http://instagram.com/wearecheekbyjowl
https://www.facebook.com/cheekbyjowl
https://twitter.com/CbyJ
https://plus.google.com/100908952226940234525/about
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Re: A propos de Declan Donnellan

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